
Suite à la mise en place de cette pétition : http://radiosendanger.free.fr dont je parlais il y a quelques jours, j'ai eu l'occasion de débattre du sujet avec Claude Belot, président du Conseil général de Charente-Maritime et rapporteur chargé des médias au Sénat, dont les déclarations au Palais du Luxembourg ont mis le feu aux poudres, et Claude Palmer, président de la fédération des radios associatives en Poitou-Charentes et activiste impliqué pour l'indépendance de ce média depuis le lancement des radios libres. A 73ans, il est aussi journaliste bénévole pour Terre Marine à Fouras en Charente-Maritime. Voici un résumé point par point de leur opinion sur le projet de décrêt pour la réforme du Fonds de soutien à l'expression radiophonique :
LE PROJET DE DECRET EN LUI-MEME
Claude Palmer : Le fonds de soutien n'était pas très bien géré. On pouvait observer des retards de versement très importants dans de nombreuses radios, de même que des manque de fonds.
Claude Belot : Les grandes chaînes de télévision font partie des contributaires du fonds. Et elles acceptent mal de devoir verser une somme qui s'élève à 22 milions d'euros pour des radios. Nous devions donc leur prouver la bonne utilisation du fonds. Une enquête de la Cour des comptes a eu lieu. Elle a démontré que ce fonds était bien utilisé. A partir de là un débat public eu lieu au Sénat. Ce n'était pas du tout un débat passionné, nous nous sommes simplement posé des questions, nous avons discuté. Et je suis étonné de voir l'importance qu'ont pu prendre ces discussions.
UN FONDS AUTOMATIQUE?
Claude Palmer : L'argent versé aux radios associatives n'est pas des subventions mais un reversement minime du pourcentage des recettes publicitaires des grands médias. Cette aide est versée de la même manière à toutes les radios associatives de façon quasi automatique.Elle nous est versée ârce que nous travaillons sur des créneaux restreints et que par définition, nous faisons du lien social.
Claude Belot : Chacun reçoit un forfait de 40 000 euros. Une somme complémentaire pouvant aller de 2 000 à 16 000 euros est aussi distribuée sans qu'il y ait vraiment de règles. Nous avons trouvé opportun de définir plus précisement de quelle manière elle devait être reversée.
UN REVERSEMENT DU FONDS BASE SUR DES PROJETS?
Claude Palmer : Monsieur Belot propose que le fonds soit reversé sur la base de projets, permettant de définir de "bonnes" et de "mauvaises" radios. Mais la définition de "projets" n'est pas de l'ordre du décrêt, ce n'est donc pas du ressorts des sénateurs dans le cadre d'un décrêt. C'est une loi qui permet au CSA d'attribuer des fréquences sur la base de projets. Il est regrettable pour un sénateur aussi président de Conseil général de confondre loi et décrêt.
Claude Belot : Pour mieux définir quelles modalités de versement peuvent être adoptées, il a été évoqué la possibilité de donner des aides à projets dans le cadre d'un recrutement ou d'un développement par exemple. Aujourd'hui, on constate qu'il existe un certain nombre de rentiers du système. Nous ne cherchons pas à diminuer l'aide versée mais à mieux la répartir...
VERS UNE AUGMENTATION DU TAUX DE FINANCEMENT PAR LA PUBLICITE?
Claude Belot : Une autre solution pour diversifier les moyens de financement serait de permettre aux radios associatives d'augmenter leur seuil de publicité à 25 ou 30%, mais pas au delà, afin que les radios ne soient pas tributaires de la publicité et qu'elles gardent leur indépendance. Aujourd'hui, certaines radios vivent avec 0% de publicité pour des raisons d'éthique. D'autres avec 19,9%. Ceci ne serait destiné qu'à donner un peu de souplesse au système.
Claude Palmer : Des statistiques internes à la fédération nationale des radios associatives montrent qu'une toute petite partie des 600 radios associatives françaises atteignent le taux de 5% de publicité. Et 11 seulement dépassent les 15%. Le marché de la publicité, c'est un métier. Et nous n'avons pas de régie publicitaire parce que nous ne sommes pas des radios commerciales. Le marché est déjà assez réduit actuellement, nous ne cherchons en aucun cas à les concurrencer.
DES ETUDES D'AUDIENCE?
Claude Belot : Nous avions évoqué la possibilité de réaliser des études d'audience pour mieux connaître les radios et le public qu'elles touchent, mais nous avons abandonné l'idée parce que c'est irréalisable.
Claude Palmer : M. Belot proposait qu'une partie du fonds soit utilisée pour réaliser des études d'audience. Evidemment, nous avons des audiences faibles parce que nous travaillons sur des bassins de population dans de petites villes ou agglomérations. C'est ainsi que nous créons du lien social. A Terre Marine par exemple, nous sommes sur un bassin d'auditeurs de 10 000 habitants et nous ne couvrons que très marginalement Rochefort et La Rochelle... La majorité des fréquences se situent dans des villes de moins de 30 000 habitants!
UN FONDS GERE AU NIVEAU LOCAL?
Claude Palmer : M. Belot espère ainsi choisir les radios qu'il soutient. Il n'a jamais été favorable aux radios associatives et au milieu associatif en général. Il cherche à se débarasser de nous.
Claude Belot : : Je suis un fervent défenseur de la décentralisation. Cela ne me choquerait pas qu'on donne les subventions au niveau local, comme les fréquences au niveau régional... par ailleurs, je tiens à préciser que je suis très favorable aux radios associatives et qu'il ne s'agirait à aucun moment de réduire le fonds mais bien de mieux le distribuer...
Voilà pour l'essentiel.
Par ailleurs, lundi 13 mars, le Conseil National des Radios Associatives a été reçu par Madame Franceschini au cabinet du ministre avec la présidente du Fonds de Soutien. Il leur a été annoncé que le ministre de la Culture ne tiendrait aucunement compte des propositions de M. Belot, chose qu'il rendrait public dans un communiqué dans huit à quinze jours... la fédération doute que le ministre le fera vraiment. Elle se servira de la tribune que constitue son congrès national (qui, cette année, aura lieu en Charente-Maritime) pour faire entendre sa voix.
Liens :
La position de la fédération régionale du Poitou-Charentes et un communiqué national ici : http://www.franc-cp.org/fser.htm
La séance du Sénat où les propos mis en cause par les radios associatives ont été tenus : http://www.senat.fr/bulletin/20060227/fin.html#toc3
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